Sauver d’urgence le secteur laitier

Sauver d’urgence le secteur laitier

La pénurie de lait prend à la gorge l’économie, l’industrie et la santé nationale et met au pied du mur un secteur vital et stratégique. Eleveurs, collecteurs et transformateurs du lait ne cessent de revendiquer des mesures urgentes et indispensables qui tardent à venir. Même après la révision partielle le 7 juillet 2018 des prix du lait, et du montant des subventions, ces réajustements sont insuffisants à couvrir les frais de production et préserver le secteur.
Il s’agit d’une filière qui fait vivre pas moins de 112.000 éleveurs. Et parmi eux, plus de 4 éleveurs sur 5 ne possèdent qu’entre 1 et 5 vaches. L’agriculture traditionnelle, la ferme transmise de génération en génération, perdurent et font vivre toute une partie de la population qui se retrouve criblée de dettes et obligée de se séparer des bêtes qu’elles ont élevés, nourries et soignées durant des années. La transformation du lait et ses dérivés représente 7% de la valeur des industries alimentaires. 7 % de l’industrie risque de partir en fumée, pour une crise multifactorielle qui n’en finit plus.
Une crise sans précédent
La crise que connaît actuellement le secteur laitier est sans commune mesure avec les crises précédentes de 2007 et 2012. Elle résulte du cumul d’une crise de production et de productivité ainsi que d’une crise de gouvernance et une absence de vision à long terme. Les deux crises précédentes ont eu lieu en 2007 et en 2012 avec la contrebande vers l’Algérie en 2007 et vers la Libye en 2012. La crise de 2018 a entraîné non seulement trois fois plus de lait importé qu’en 2007, avec l’importation de 10 millions de litres de lait en 2018 contre 3 millions de litres en 2007, et des pertes conséquentes au niveau de la collecte et de la production de lait. Par ailleurs, par rapport à d’autres pays, le prix public du litre de lait stérilisé en Tunisie est de 1 120 millimes. C’est le plus bas de l’ensemble de la région. A titre de comparaison, il atteint 1 500 millimes en Libye, 1 900 millimes au Maroc et 1 800 millimes en Egypte.
Désormais, la différence entre le coût de production et le prix de vente est telle que les éleveurs produisent du lait à perte. L’ensemble des frais de production, de collecte et de transformation du lait ont atteint des prix démesurés entre 2017 et 2018. Que ce soient les frais concernant le prix des vaches laitières, de l’alimentation du bétail, des soins vétérinaires ou des carburants, ils ont atteint des sommets. L’impact de la dévaluation du dinar face aux devises étrangères a fait augmenter le prix des produits importés comme celui des intrants nécessaires à l’alimentation, des médicaments vétérinaires et des emballages. L’augmentation en est arrivée à atteindre + 31 % pour les matières d’emballage, + 30% pour le prix du mazout et + 30 % pour les soins vétérinaires.
Les conditions météorologiques ont aggravé le fléau de la sécheresse. En effet, ce fléau s’abat sur le bétail pour la quatrième année consécutive, menaçant la santé des bêtes et perturbant le cycle naturel des pâturages. Ainsi, la production de fourrage entre 2016 et 2018 a chuté, passant par exemple de 2 370 mille tonnes de fourrage vert en 2016/2017 à seulement 1 700 mille tonnes en 2017/2018. Sans alimentation naturelle, les éleveurs se rabattent sur les aliments composés. Etant donné qu’ils sont majoritairement importés, les prix varient en conséquence : entre mai 2017 et septembre 2018, il y a eu neuf augmentations du prix des aliments composés toutes espèces confondues, atteignant en moyenne + 20% en seulement 17 mois.
Une production de lait à perte, malgré l’augmentation du 7 juillet
Il serait impossible de demander à ces centaines de milliers d’intervenants de produire à perte, surtout que les charges augmentent encore et encore, à chaque dévaluation du dinar. Le taux d’intérêt directeur a augmenté de 175 points et la dévaluation du dinar s’aggrave même de mois en mois.
La chaîne de production connaît des pertes accablantes, malgré la décision de l’Union Tunisienne de l’Agriculture et de la Pêche du 7 juillet. L’UTAP a annoncé ce jour-là une augmentation de 175 millimes du prix du lait à la collecte, et la subvention de cette augmentation au niveau du prix de vente, pour que le prix du litre de lait collecté atteigne 890 millimes, sans modifier le prix de vente à la consommation qui reste de 1 120 millimes.
Les solutions à la crise
L’UTAP et l’UTICA appellent les pouvoirs publics à intervenir d’urgence, et à mettre en place immédiatement les mesures nécessaires pour sauver le secteur laitier. Pour cela, en subventionnant la production plutôt que le prix de vente au consommateur, cela permettrait de maintenir les mêmes prix tout en finançant la production à la source.
La subvention serait affectée en faveur de plusieurs niveaux :
• Programme national de fourrage
• Caisse de santé vétérinaire
• Subvention directe de l’élevage local de velles
• Froid à la ferme
• amélioration de la qualité du produit fini
Après la subvention à la source, il s’avère nécessaire d’instaurer une gouvernance du secteur et de faire davantage intervenir les producteurs, collecteurs et transformateurs du lait. L’accord entre les différents intervenants permettra de définir précisément les coûts réels. La révision immédiate des prix du lait au niveau de l’ensemble des maillons de la chaîne s’impose comme étant l’action prioritaire à entreprendre dans les plus brefs délais.

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